La coiffe sablaise est certainement l'une des plus connues et des plus jolies. Son élégance, sa légèreté de forme et de réalisation, la finesse de ses broderies à la main, sont incomparables et aucune confusion, même avec les plus belles (et la France en compte de nombreuses) ne peut être commise.
Précisons tout d'abord qu'il existait deux coiffes bien distinctes aux Sables d'Olonne.
La Frison était l'apanage de la bourgeoisie dont les vêtements et chaussures ne se différenciaient pas de ceux des autres citadins. La Frison subit dans un sens, la même évolution que la coiffe des femmes de pêcheurs. En 1830, elle était composée de 3 ou 4 rangs de petits cônes superposés en dentelle tuyautée s'élargissant autour de la tête et descendant en dessous de la nuque. Le tout dernier cône se terminait également par un motif de dentelle.
A l'opposé de la coiffe des femmes de pêcheurs, au fil des ans, la hauteur et l'ampleur de la Frison diminuèrent, puis les bords furent relevés jusqu'à atteindre le sommet de la tête, ce qui fit dire à l'un de nos poètes que "La Chrysalide devint Papillon". On l'appela alors Coiffe Papillon. Mademoiselle Maria Babin fut la dernière à s'en parer, aux Sables d'Olonne, jusqu'aux environs de 1950.
Revenons en 1830. On constate que la femme de pêcheur portait alors un simple bonnet sans dentelles, sans fantaisies, lacé derrière la tête et tombant largement sur les côtés, pour se protéger peut-être du soleil ou des intempéries.
De plus grandes facilités "d'aisance", se manifestant d'année en année, les plus coquettes agrémentèrent,"comme les dames", leurs bonnets et les transformèrent. Ils furent bordés de dentelles, les côtés du visage étant complètement dégagés. Deux liens d'environ six centimètres de large remplacèrent ce qui protégeait les joues, et de petites oreilles furent plaquées sur les côtés du bonnet.
Vers 1880, la calotte vint adhérer à la tête et les petites oreilles devinrent deux ailes relevées parallèlement au sol, encadrant les cheveux savamment dentelés et collés sur le front.
1890 voit pousser le "Dallet", de dentelle placé au-dessus du front et le bonnet devient une véritable coiffe posée sur "deux serre-têtes", le premier noir et le second blanc. la Coiffe sablaise est née.
Autour de 1900, les petites ailes montent droites vers le ciel. La calotte est finement tuyautée. La dernière lingère à en effectuer couramment la confection fut Madame Marie Babin, jusqu'en 1953.
Les liens devenus très larges et épinglés à hauteur de la nuque, flottent dans le dos, au-dessus des épaules.
Les plus coquettes rivalisent alors d'ingéniosité. Les ailes continuent à "pousser", et se rapprochent du centre de la tête. Les liens sont relevés en croix par derrière.
Puis la coquetterie de nos jeunes filles impose plus de largeur à ces ailes qui sont pliées à angle droit sur leur longueur. Ces coiffes brodées à la main sont devenues de véritables oeuvres d'art, exécutées particulièrement par Mademoiselle Léonice Retureau, créatrice de coiffes exceptionnelles.
Au fur et à mesure que la coiffe s'élève (1914 puis 1925), pour atteindre, en 1938, quarante centimètres; tablier, jupe, cotillon et jupon raccourcissent au-dessus des genoux.
L'évolution de la coiffe Sablaise
La frison 1860 1880 1900 1914 1925 1938
Les étapes du coiffage
Le bonnet noir Le bonnet blanc La Noucharde La Sablaise L'accroche coeur
Les bijoux de la Sablaise
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Le complément de la coiffe est obligatoirement la boucle d'oreilles typique. Dès 1830, des gravures indiquent que la Sablaise portait de larges anneaux d'or. Plus tard, une petite perle de couleur fut glissée dans cet anneau et ce n'est que vers 1910 que le camée, aujourd'hui encore appliqué sur des larges anneaux, fit son apparition et offrit la possibilité de bien des fantaisies : broches, bagues assorties, épingles, etc... que l'on considérait à tort comme strictement sablaises (anneaux mis à part, bien entendu).
Ostensiblement, une jolie chaîne d'argent, retenue par un crochet ciselé, fixé sur le devant de la taille, pend jusqu'à la poche qui protège le couteau ou les ciseaux accrochés au bout de cette chaîne.
Le costume de la Sablaise
En ce qui concerne le "costume" de la femme du pêcheur, on s'aperçoit, en se reportant à une gravure du Musée du Costume, que ce n'est que vers 1846 qu'apparaît une tenue très typique dont on peut dire que, cent ans plus tard, on retrouve l'allure générale qui la singularisait.
Sur une chemise blanche venait se coller un corsage à basques bien serré à la taille. Un large fichu plié en triangle sur les épaules était fixé aux extrémités par devant, à hauteur de la ceinture, à l'intérieur du cotillon. Un tablier recouvrait ce cotillon et le tout descendait au-dessous des mollets.
Ces vêtements étaient confectionnés en étoffes rustiques mais voyantes. Sous le cotillon, un jupon et une culotte ouverte en toile blanche complétaient cet ensemble très simple.
L'hiver, ces femmes portaient des bas, sans pieds, en laine à grosses mailles. Souvent pieds nus, elles relevaient ces bas pour les besoins de leurs durs et rudes travaux.
Presque jusqu'à l'époque du moteur, les jours sans vent, à l'entrée du port et sur les quais, les femmes halaient les bateaux et parfois, à marée basse, débarquaient les marins à dos. Ces tâches exécutées les pieds dans l'eau et la pêche des coquillages sur la plage ou les rochers donnent l'explication de la jupe courte.
Comme pour le bonnet ou la coiffe, il y eut des variantes entre ce costume succinctement décrit et celui de la bourgeoisie, mais nous nous attacherons à celui dépeint qui finalement est à la base de celui que nos Reines des Sables et notre groupe Le Nouch présentent.
Trente ans plus tard, ce costume est devenu coquet et reste, aux Sables, le seul porté.
Le corsage, bien pris à la taille et tenu par un galon en gros grain, possède de larges manches fraisées sur lesquelles celles de la chemise viennent se retourner. Le fichu, pas obligatoire, le complète.
Le cotillon de laine, à rayures ou uni, est le plus souvent rouge. parfois bleu ou noir, avec un pli en "Godelis". Il se ferme devant en forme de pantalon à ponts. Deux ouvertures de chaque côté, appelées "fourmaillères" dans notre patois, permettent d'atteindre un petit sac d'étoffe ainsi caché, ou simplement de tenir les mains au chaud, l'hiver.
Par-dessus, on retrouve le tablier plissé largement, muni de deux poches, et assorti aux couleurs du corsage, du fichu et du cotillon. Il est retenu par deux rubans de soie faisant le tour de la taille et se nouant devant.
Les dessous, jupons et culotte, sont agrémentés de dentelles. La hauteur de cet ensemble se situe entre les genoux et les mollets.
Les bas noirs et le fameux petit sabot de la Sablaise commencent à rendre le galbe de ses jambes légendaire.
Pour l'hiver ou les journées fraîches, un grand châle de laine à longues franges tressées, ou le châle-tapis rapporté des Indes par les marins ou même la "mante", qui n'a rien de local, leur servaient de manteaux.
De 1900 à 1914, c'est aussi la belle époque pour la Sablaise. Les couleurs, dans l'ensemble, sont de plus en plus chatoyantes.
Les dessous de dentelle sont très travaillés. Le bas des jupons et celui des culottes sont égayés par des rubans de couleur passés dans les "trous-trous".
Les manches, très bouffantes, sont fermées sur le poignet assez haut par des petits boutons, ou simplement serrés à l'extrémité par un galon élastique qui permet de les relever plus au moins.
Le fichu subsiste.
Les petits sabots voient leurs talons se hausser et, en dehors du noir, des cuirs blancs ou rouges sont utilisés. Les enfants commencent à en porter de toutes les couleurs.
C'est la pleine fantaisie. On voit même un petit groupe de jeunes femmes porter des bottines à boutons ou lacets avec leur costume local. Ceci vraisemblablement sous l'influence des estivants dénommés à l'époque les "étrangers".
La Sablaise s'est toujours targuée d'être "à la page", mais elle a adapté toutes choses à son caractère, en leur donnant une forme typiquement locale.
Pour le mauvais temps, la cape apparaît. L'été, la Sablaise, le dimanche, comme la « Dame », se protège du soleil avec une ombrelle. Bien entendu, la coiffe monte toujours. Les cotillons également!
La guerre passe.
Déjà, les cotillons lumineux avaient été remplacés par des noirs et, paradoxe, leurs mères et grand'mères étant encore vêtues de couleurs relativement vives, ce sont les jeunes filles qui adoptent le plus vite cotillons et tabliers plissés en soie noire arrivant juste au-dessus des genoux, ainsi que les sabots et bas assortis.
Seuls, les dessous de dentelle et les corsages de couleurs subsistent. Le corsage possède toujours ses larges manches, mais au lieu d'être rentré tout autour au ras de la taille, devant, par fantaisie malheureuse, il ressort sur le ventre, "en bosse de polichinelle".
En 1938, la coiffe avec 40 cm et la jupe s'arrêtant aux genoux, atteignent leur point culminant.
Depuis cette époque, ce costume perpétué par nos Reines des Sables, les jeunes filles du Comité des Fêtes et quelques familles, les jours de Fête, communions et mariages, reste le même, si ce n'est la bosse du corsage qui a été supprimée petit à petit depuis 1952.
Nos Sablaises utilisent toujours la cape, longue ou courte, pour se protéger du froid.
Heureuses de présenter notre costume qui remporte tous les suffrages en France comme à l'Étranger, elles rappellent en défilant au son de leurs petits sabots qu'une station, aussi attirante, est prête à les accueillir chaque année.
Léo David,